Article · 17 octobre 2026 · 4 min de lecture
Souffrir n’est pas être malade. Et ce n’est pas rien non plus. C’est entre ces deux phrases que beaucoup de gens se perdent.

« Ce n’est rien, ça va passer. » « Vous devriez consulter, c’est sûrement un trouble. » Dites avec bienveillance, ces deux phrases se ressemblent plus qu’on ne croit : toutes deux décident à votre place de ce que vous vivez. La première le minimise. La seconde le range dans une case.
Une épreuve n’est pas une faute
On peut traverser un deuil, une rupture, une réorganisation qui n’en finit pas, une charge qui monte sans que personne ne la voie — et en souffrir vraiment, sans qu’il y ait quoi que ce soit à diagnostiquer. C’est une épreuve. Pas une faute, et pas forcément un dysfonctionnement.
Des psychiatres le rappellent eux-mêmes : toute souffrance n’est pas une maladie, et la traiter d’emblée comme telle ajoute souvent une couche, celle de se sentir anormal. On souffre, puis on a honte de souffrir, puis on se reproche de ne pas aller mieux. Une double peine, parfois une triple.
Ce n’est pas rien non plus
Dire que souffrir n’est pas être malade ne veut pas dire que c’est léger, ni qu’il faut serrer les dents. Ce que vous vivez est légitime sans avoir besoin d’un nom médical. Vous n’avez pas à prouver que c’est « assez grave » pour avoir droit à de la place, à de l’écoute, à de l’aide.
On entend souvent : « d’autres vont plus mal que moi ». C’est sans doute vrai, et cela ne change rien. Demander de l’aide n’a pas besoin d’autre justification.
Quand c’est une maladie
Il existe aussi de vraies maladies — dépressions, troubles anxieux, et d’autres — qui se soignent, et qu’on soigne mieux quand on les repère tôt. Pour certaines personnes, entendre un médecin dire « cela a un nom, et cela se traite » est un immense soulagement : ce n’est ni bizarre, ni de leur faute. Dépathologiser n’est donc pas refuser de consulter.
Comment savoir ? Il n’y a pas de seuil officiel, seulement des repères — et ce ne sont pas des critères de diagnostic :
- ce que vous vivez change votre manière de fonctionner : le sommeil, le travail, les relations, ce que vous évitez de faire ou d’aller voir ;
- cela dure, revient ou s’aggrave ;
- des proches s’inquiètent, ou vous disent que vous n’êtes plus comme d’habitude.
Un seul suffit. Inutile d’attendre d’aller « assez mal » : la honte, ou l’idée qu’on devrait s’en sortir seul, retarde souvent les choses. Et si vous prenez un traitement, ne le modifiez ni ne l’arrêtez jamais sans l’avis du médecin qui vous le prescrit. Les ressources sont réunies sur la page Besoin d’aide maintenant.
Et la méditation, là-dedans ?
Elle se tient entre les deux. Elle ne soigne pas une maladie, et elle ne promet pas d’ôter la souffrance. Elle propose un endroit pour être avec ce qui est là, sans le combattre et sans s’y réduire — « je suis anxieux » devient « l’inquiétude est là » — et sans que personne vous demande d’aller bien.
Elle peut se faire à côté d’un suivi médical ou psychologique, jamais à sa place. Rien n’est sans effet : ni un médicament, ni une psychothérapie, ni la méditation. S’asseoir en silence peut faire monter ce qu’on couvrait de bruit. C’est pourquoi on peut, ici, s’arrêter à tout moment — et pourquoi arrêter n’est pas échouer.
Un mot de tout le monde
Ce site parle d’inquiétude plutôt que d’anxiété ou d’angoisse. « Inquiétude » est un mot de tout le monde : on peut en parler sans titre et sans honte. Les mots de médecin servent quand il faut soigner, mais ils font vite de chacun un cas. Pourquoi ce mot.
Par où commencer
Si vous ne savez pas par où commencer, commencez par Écouter (onze minutes, en audio et en texte). Si vous préférez un cadre, le programme Prendre appui propose quatre semaines. C’est gratuit, sans compte, et vous arrêtez quand vous voulez.
Ce que cet article n’est pas
Ce n’est pas un soin, ni un avis médical. Si vous êtes en danger, appelez le 15. Si vous avez des pensées suicidaires, le 3114 répond jour et nuit. Les autres ressources sont réunies sur une page.
Franck Plüss — d’où je parle.
Ces pratiques ne remplacent pas un avis médical. Si vous êtes suivi, parlez-en à la personne qui vous suit.